C’est peut-être LE sujet le plus polémique qui existe dans le domaine du jouet: les jouets de guerre et autres répliques d‘armes en tout genre. Ce thème cristallise à lui seul beaucoup de défiance, d’arguments sincères et/ou invérifiables, de contre-arguments teintés de bonne ou de mauvaise foi et il a même nécessité dans certains pays l’adoption d’une législation spécifique. Les jeux et jouets guerriers sont en effet souvent critiqués pour leur caractère violent et, parfois, sexiste. Un nombre impressionnant d’articles circule au sujet des jouets guerriers depuis qu’ils existent.
Inutile de prétendre convaincre qui que ce soit dans un sens ou dans l’autre sur un tel sujet, c’est sans doute autant prétentieux qu’inutile. Je vais donc me contenter de reprendre quelques phrases et/ou quelques illustrations tirées de ci de là.
Selon Monsieur Franck MARIE, documentaliste au Mémorial de Caen et auteur d’un ouvrage intitulé « Les jouets de guerre », les jouets de guerre attirent principalement les jeunes garçons et ce depuis leur enfance : «cette propension des garçons aux jeux de guerre ne résulte pas seulement de la sexualisation des jouets même si l’image stéréotypée du masculin prédispose les garçons depuis des siècles aux jeux d’aventure, d’action et de combat ».
Monsieur Gilles BROUGERE ajoute, dans un ouvrage intitulé : « Jouets et Compagnie » qu’: « Il faut bien reconnaître que l’univers du désirable, la mise en scène d’une aventure adulte exaltante passent non seulement par la construction d’univers imaginaires, qu’ils s’enracinent ou non dans l’histoire réelle, mais aussi par la reproduction parfois maniaque de l’univers des guerres de notre temps. Il est des aspects du réel qui par leurs caractéristiques mêmes hantent l’imagination et le désir. J’ai évoqué l’automobile dont la représentation est volontiers réaliste. Il en est de même de la vie militaire qui devient facilement l’expression de l’aventure et de l’héroïsme.(…) Sur des faits en partie réels se construisent des images et des récits imaginaires valorisant l’héroïsme, le don de soi, la lutte contre le mal ».
Cependant, dès 1914, le journal « Morning Post » de Londres écrivait ceci : «Aux yeux du National Peace Council, il existe de sérieuses objections au fait d’offrir à nos garçons des régiments d’hommes en armes, des batteries de canons et des escadres de cuirassés. Le Conseil reconnaît le goût naturel des garçons pour la bataille et pour toute la panoplie guerrière…mais ce n’est pas une raison pour encourager, en leur donnant peut-être une forme permanente, ces instincts primitifs.».
Les jouets guerriers seraient donc selon certains, et depuis bien longtemps déjà, un facteur de violence. Ces reproches sont régulièrement repris de nos jours, et il existe de très nombreuses campagnes contre ces derniers. Certaines campagnes sont même assez spectaculaires comme à Montréal, en 1988, où le Comité intersyndical de la ville a organisé une collecte de jouets « guerriers » sous le thème « Pour que, plus jamais, un enfant ne meure de la guerre ». Ainsi, 12 700 jouets ont été regroupés en geste symbolique pour la paix et enfouis dans un sarcophage en béton.
Les grands fabricants de jouets auraient-ils de leur côté conscience de cet hypothétique phénomène de rejet? Ce n’est pas à exclure… Ainsi, Monsieur Franck MOULAI, de chez Majorette, l’affirmait dans une certaine mesure il y a quelques années : « La guerre en générale est plutôt un sujet tabou dans le jouet. Les jouets évoquant la Guerre de manière réaliste (figurines, véhicules, imitation) sont bannis chez les grands fabricant de jouets mondiaux depuis quelques années devant la réticence croissante des parents notamment dans les pays du nord de l'Europe où il s'agit d'un rejet total. Je conçois que certains jouets restent violents même avec des licences "enfants" mais c'est vraiment le thème qui est rejeté. Majorette l'a expérimenté il y a quelques années avec une tentative de relance de la gamme Squad Force qui s'est soldée par un échec cuisant. ».
Les parents seraient donc plutôt contre…Monsieur Christophe PORTAL, de la société NPD (société qui analyse - et vend - des données sur le comportement des consommateurs) expliquait aussi ce phénomène par le fait suivant il y a quelques années : « les jouets de guerre et militaire sont en quasi disparition => 73% des achats sont faits par des femmes (qui abhorrent la violence). »
Mais sur le fond alors ? Bien ou pas bien ? Monsieur Franck MARIE, cité précédemment, explique quant-à-lui qu’il faut faire une distinction entre les jouets de guerre en temps de guerre et les jouets de guerre en temps de paix : « Les jouets de guerre anciens, ceux des siècles précédents, ne sont pas des vecteurs de violences à l’origine ; ils servent et suivent aussi la propagande militaire pendant les périodes de conflits pour « amuser » les enfants des pères de famille envoyés au combat entre autres. »
Et les jouets en temps de paix alors ? Et doit-on faire une distinction entre jouets-armes fantaisistes (type pistolet laser) et les répliques d’armes existant ou ayant réellement existé ? Là encore les avis divergent : si certains mettent en avant un certain côté ludique ou historiquement « potentiellement utile », d’autres sont carrément contre par pacifisme, non-violence ou anti-militarisme, Ainsi, André FRANQUIN, le père du célébrissime Gaston Lagaffe, a réagi par personnage interposé : « (Gaston) est devenu antimilitariste parce qu'il y avait à Spirou un rédacteur en chef, excellent d'ailleurs, qui mettait un peu trop de Messerschmitt (marque d’avion allemand) avec certaines croix (sous entendu croix gammées). ». Dans notre pays d'ailleurs la réglementation ne plaisante pas sur le sujet des reproductions de matériel et/ou d’insignes allemands (que celà concerne le domaine des jeux - notamment vidéos - et jouets ou pas) ; je vous renvoie pour les curieux à l’article R645-1 du Nouveau Code Pénal.
En dehors des frontières hexagonales, ce sont plus spécialement les répliques d’armes à feu qui sont dans le collimateur des législateurs, notamment pour éviter les bavures tragiques : la capitale du Brésil ou même le Congo interdisent les pistolets en plastique pour de telles raisons...et d'autres pays ont connus de tels faits divers tragiques, notamment aux Etats-Unis à Ferguson : http://www.ledauphine.com/france-monde/2014/11/25/enfant-tue-a-cleveland-le-policier-ne-pouvait-voir-si-l-arme-etait-fausse
Sujet de polémiques inépuisables, le sujet est loin d’être clos. Reste aux parents, et à l’entourage en général, de se faire sa propre opinion sur un sujet qui, à l’origine, se veut uniquement ludique.